Publié le

Inverser la classe pour remettre l’école à l’endroit

Education numérique lycée matériel informatique

Elle est tenace, cette impression que, depuis Charlemagne, l’école est demeurée inchangée. Pourtant les méthodes d’enseignement à l’école sont dans le radar depuis toujours ! Enseignants et pédagogues se sont relayés pour se demander : comment offrir la meilleure éducation aux jeunes générations ? Au fil du temps, au fil des époques, la réponse à cette question s’ajuste et s’affine.

De nos jours, le modèle magistral, si bien connu des grands-parents, peut-être déjà bouleversé du temps des parents, semble définitivement avoir fait son temps. La cause : l’attention des enfants en chute constante, les problèmes de concentration, de mémoire, la hausse de l’ennui à l’école…  Repenser les méthodes d’enseignement est une nécessité sans appel. Et nul besoin d’aller bien loin pour trouver une solution qui a fait ses preuves et qui gagne du terrain dans les cœurs des enseignants !

Cette méthode est connue sous le nom de « classe inversée », mais on la trouve aussi sous l’appellation de « classe accompagnée » ou encore « classe flexible ». L’idée est toujours la même : remettre l’école à l’endroit. C’est-à-dire, rendre à l’école son rôle de formatrice principale, parvenir à créer un nouvel espace pour aider les enfants à apprendre et à trouver leur place.

Les outils numériques, présents partout dans la vie, trouvent eux aussi le chemin de l’école. L’entrée en classe des chariots mobiles de chargement, des vidéoprojecteurs et autres tableaux interactifs ouvre la voie à de nouvelles méthodes d’éducation. C’est ainsi que la classe inversée multiplie le nombre de ses adeptes et calmement, bouleverse en profondeur l’éducation moderne.

La révolution de la classe inversée

L’origine de l’idée de la classe inversée est inconnue. Elle est née des expérimentations des professeurs, de leurs tentatives de faire progresser leurs élèves et de maintenir la motivation à apprendre de ceux-ci. L’idée a cependant été formalisée par le professeur américain Eric Mazur dans les années 1990. Le modèle de base propose tout simplement d’inverser les activités entre la salle de classe et la maison : les élèves apprennent leurs leçons chez eux et travaillent ensuite en classe sur des exercices pour confirmer leurs apprentissages et les approfondir.

Dans une classe traditionnelle, les élèves reçoivent leurs cours en classe, au même rythme pour tout le monde. Apprendre, comprendre et appliquer se font sous l’égide du professeur. Analyser, évaluer et créer font partie du travail personnel que l’élève mène chez lui, seul. Les exercices sont rapidement corrigés en classe, les leçons sont un peu répétées pour s’assurer que la majorité des élèves l’ont bien comprises, puis le professeur avance. Ce rythme ne convient pas à tous les élèves, loin de là. Les laissés pour compte sont nombreux.

La classe inversée cherche à proposer un modèle d’éducation permettant de retenir l’attention non pas de la majorité des élèves, mais bien de chacun d’entre eux. L’idée en inversant l’ordre cours/exercice est de permettre aux élèves de faire par eux-mêmes des activités de bas niveau cognitif. Prendre connaissance d’une leçon ne demande pas d’investissement majeur : il suffit de lire à ce propos, ou bien de regarder une vidéo. 

C’est ici que le numérique se prouve particulièrement utile : les professeurs préparent des « capsules » pour leurs élèves, des cours qui contiennent textes et contenus multimédias. Les étudiants peuvent accéder à ces capsules via des appareils numériques, comme leurs ordinateurs personnels ou bien des tablettes interactives fournies par l’école. Ils prennent alors connaissance des notions qu’ils doivent étudier par eux-mêmes. En classe, auprès de leur enseignant, ils mènent les activités de haut niveau cognitif : analyser, évaluer, créer, c’est-à-dire intégrer la leçon et l’exploiter.

La classe inversée affecte la temporalité de la classe : ce modèle cherche à offrir une meilleure continuité entre le travail en classe et le travail à la maison. L’objectif est de créer de nouvelles méthodes d’apprentissage qui soient flexibles, dans lesquelles les élèves se sentent à la fois libres et soutenus. La classe inversée se présente comme un moyen de créer et de renouveler sans cesse l’engagement des élèves.

Cité éducative numérique tablette

Créer une classe libre et dynamique

Avec ce modèle de classe, il ne s’agit pas de proposer une nouvelle structure intangible, dont la seule différence avec la classe « classique » serait qu’elle obéirait à d’autres règles. Il n’est pas question de simplement inverser le travail en classe et le travail à la maison, mais plutôt de transformer profondément le rapport à l’apprentissage.

La flexibilité est au cœur de ce nouveau système : le professeur est libre de distribuer le travail en classe et le travail à la maison comme il lui semble juste. La classe inversée est le lieu des expérimentations, tant pour le professeur qui adapte et modifie la structure de ses cours, que pour les élèves qui découvrent un nouveau modèle d’apprentissage.

En classe, les élèves ne sont plus alignés les uns à côtés des autres, recevant l’enseignement magistral d’un professeur. Puisque l’agencement leçons/exercices est dépassé, c’est le cas également de l’organisation physique de la classe. Les élèves travaillent par groupes, constitués par le professeur ou créés selon les affinités de chacun.

L’objectif étant de mettre en place des conditions pédagogiques stimulantes pour les élèves. Le professeur leur propose de travailler sous la forme de projets par exemple, pour lesquels ils doivent acquérir des connaissances par eux-mêmes et mobiliser des ressources. Ces ressources se présentent sous toutes les formes existantes : les livres, les jeux et évidemment les ressources numériques. Ordinateurs, tablettes tactiles, écrans numériques : tous les supports sont bons pour accéder aux médias dont ils ont besoin. Les vidéos, les sites internet, les sites musicaux, les logiciels de création professionnels ou scolaires… Les ressources offertes par le monde du numérique sont infinies, tout comme la créativité des enfants lorsqu’ils sont libres de l’exprimer !

Les jeunes étudiants ne sont pas cependant livrés à eux-mêmes. Les classes sont certes flexibles, mais bien encadrées. Les élèves sont responsabilisés, libres d’évoluer à l’intérieur d’un cadre bien délimité. C’est justement ce cadre qui leur permet d’évoluer en confiance : puisque les règles sont claires, ils sont à la fois autonomes et soutenus par leur professeur.

La flexibilité de la classe, l’autonomie apportée aux élèves et la confiance que cela leur permet de développer ont des conséquences très heureuses sur les résultats scolaires.

Classe numérique tablette

La motivation est le meilleur facteur de réussite

La classe inversée agit comme un véritable moteur pour les élèves : le format flexible est très stimulant pour eux. Ils sont davantage engagés dans leurs activités, davantage concentrés et leurs résultats s’en trouvent améliorés. Cette amélioration ne se produit pas magiquement, mais elle est le fruit du travail d’exploration et d’ajustement du professeur.

D’abord, les élèves sont autonomisés dans leur apprentissage des leçons : ils consultent chez eux – ou pendant les projets en classe – les ressources dont ils ont besoin. La classe inversée repose sur cet engagement des élèves : s’ils ne font pas le travail, les projets ne peuvent être menés efficacement. Or puisque les projets sont très stimulants, les élèves ont donc tendance à s’investir davantage, ce qui les rend meilleurs dans leur travail.

L’organisation flexible permet, bien plus que dans une classe « classique », de prendre en compte les profils spécifiques de chaque élève et de les aider à tirer parti des compétences qui leur sont propres. Le fait de varier les supports d’apprentissage et de travail leur permet d’exercer leurs différents types de mémoire, qu’elle soit visuelle, auditive ou kinesthésique. Le travail en groupe est un moteur pour tout le monde : les élèves les plus avancés sont le cœur du mouvement et ils peuvent venir en aide à ceux qui sont en difficulté.

Les élèves en difficulté sont donc soutenus, bien plus que dans une organisation plus traditionnelle. Ils bénéficient à la fois d’un groupe de support et d’un rythme qui peut leur être adapté. La classe inversée n’est pas une classe à « taille unique » : un seul et même rythme pour tout le monde. Au contraire, l’objectif de ce type de classe est de permettre à chacun de développer ses compétences.

Le professeur n’est plus celui qui enseigne les leçons, mais celui qui guide les élèves. Il est à leur disposition pour les accompagner dans leurs découvertes, et surtout pour les soutenir lorsqu’ils en ont besoin. Puisque le temps est flexible, il est plus aisé de suivre les élèves individuellement et de leur apporter davantage de support.

Cet appui rapproché du professeur permet d’éviter aux élèves en difficulté de se retrouver à la traine, de perdre leur motivation et, de décrocher. Au sein d’une classe inversée, nulle place à la démotivation et au découragement.

Au sein d’une classe inversée, tous les élèves sont au travail. Ils avancent à des rythmes différents, mais personne n’est à l’écart. Tous les élèves sont engagés dans une activité. Ils bénéficient d’échanges riches les uns avec les autres, d’apports précieux via des ressources documentaires et du soutien personnalisé de leur professeur. Ce tableau semble idyllique : la classe inversée pourrait bien réussir à métamorphoser durablement l’enseignement.