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Repenser les méthodes d’enseignement à l’ère du numérique

Repenser les méthodes d’enseignement à l’ère du numérique

L’objectif majeur de l’éducation est de développer la capacité à s’adapter et à prendre sa place dans un monde en constante transformation. Cet objectif, c’est le psychologue américain John Dewey qui le formalise, au début du XXème siècle. Et il n’a pas pris une ride, bien au contraire. Cependant, permettre aux enfants d’acquérir des capacités d’adaptation signifie que l’école elle aussi doit savoir s’adapter. Pour continuer à tenir au mieux son rôle fondamental dans la transmission des savoirs, l’école doit accompagner les bouleversements sociétaux.

Et en effet, l’école est en pleine métamorphose. Les méthodes d’éducation utilisées jusqu’à présent tombent progressivement en désuétude : puisque l’environnement dans lequel les jeunes générations grandissent et apprennent est en mutation constante, il est temps que les méthodes d’enseignement mutent à leur tour !

Les recherches – menées parfois depuis des décennies – sur l’éducation, mettent au jour les mécanismes de l’apprentissage et de la mémoire chez les enfants. Les professeurs ont accès à davantage de ressources pour comprendre comment transmettre au mieux les connaissances à leurs élèves, et comment adapter leurs pratiques pédagogiques aux différents besoins de leurs élèves. Au milieu de ces évolutions majeures, le numérique tient un rôle fondamental.

Voici comment, grâce aux nouvelles technologies, les méthodes d’enseignement prennent un tournant décisif pour l’éducation scolaire.

Repenser la transmission des savoirs

C’est le branle-bas de combat dans les établissements scolaires ! Tous sont concernés, quelle que soit leur forme, quel que soit l’âge des élèves ou des étudiants. L’éducation repense ses espaces, bouleverse les organisations traditionnelles des lieux, pour profondément transformer le processus de transmission des savoirs. Depuis le début du XXème siècle, des pédagogues – tels que la célèbre Maria Montessori ou encore le français Célestin Freinet – ont étudié attentivement le comportement des enfants et leurs processus d’apprentissage. Ils en ont tiré des conclusions sur les méthodes pédagogiques à adopter pour accompagner au mieux le développement des enfants et les aider à tirer le meilleur parti de leurs capacités.

Avec le développement des neurosciences, ces observations ont reçu un aval scientifique. Les fonctions d’apprentissage du cerveau des enfants révèlent leurs mystères, et le résultat de toutes ces recherches est formel : pour être efficace, la transmission des connaissances doit être articulée autour de pratiques dites « actives ».

Exit, le cours magistral donné à des enfants assis toute la journée ! Les professeurs le savent depuis longtemps, surtout ceux qui enseignent aux plus jeunes : l’engagement est la clé de la concentration et donc de l’apprentissage.

En réalité, ce sont quatre facteurs principaux qu’il faut prendre en compte dans sa pédagogie d’enseignement :

  • L’attention des élèves
  • Leur engagement actif
  • Le retour sur erreur (ou feedback en anglais)
  • La consolidation, ou automatisation des savoirs

Le grand défi de l’éducation scolaire est de mettre au jour de nouvelles pratiques pédagogiques permettant de transmettre les savoirs fondamentaux que sont le langage, l’écriture, les mathématiques, les sciences etc, sous des formes enrichies et diversifiées.

Permettre aux enfants d’être acteurs de leurs apprentissages n’est plus une option : l’expérimentation, la manipulation, la mise en relation, sont autant de manières de provoquer l’adhésion des élèves et de déclencher en eux les deux grands moteurs de l’apprentissage que sont le désir et le plaisir d’apprendre.

Les outils numériques sont d’une efficacité redoutable pour rendre la classe vivante. Et rendre la classe vivante, nous le savons désormais, est le secret de l’apprentissage !

Tirer le meilleur des équipements numériques

Les salles de classes évoluent pour devenir des noyaux d’éducation moderne. La disposition des salles se transforme, tout comme les installations à la disposition des enseignants. Les classes s’équipent d’outils interactifs : si les vidéoprojecteurs font partie du paysage depuis de nombreuses années, les tableaux blancs interactifs (TBI) font progressivement leur apparition dans les classes.

Cependant, comme le rappelle le neuroscientifique Stanislas Dehaene, il est essentiel que ces équipements numériques servent un but pédagogique pour être efficace. Il ne suffit pas en effet d’avoir recours à un écran numérique interactif (ENI) et de continuer à enseigner de manière classique !

Pour développer des stratégies pédagogiques innovantes, le professeur Dehaene conseille de mobiliser des logiciels pour chacun des quatre piliers de l’apprentissage :

  • Pour capter l’attention des élèves, l’idéal est de mettre en place un cours interactif, peut-être même avec des jeux – tels que les serious games pour les plus âgés – pour diriger leur attention vers les objets qu’ils doivent apprendre.
  • Pour stimuler leur engagement actif, l’utilisation d’un outil numérique doit permettre d’obliger tous les enfants à participer à un exercice. C’est ici que les tableaux numériques interactifs entrent en scène !
  • Pour permettre un retour sur erreur efficace, un feedback utile, il est recommandé de tester régulièrement les connaissances des élèves grâce à des tests numériques fournissant des signaux d’erreur détaillés et explicites.
  • Enfin, pour favoriser la consolidation des connaissances, le professeur doit miser sur la répétition : en utilisant les tests interactifs régulièrement par exemple, et en les adaptant aux difficultés des élèves. Avoir recours à la reformulation est capital pour marquer la mémoire des élèves et permettre l’intégration optimale des informations par tous. Les outils numériques offrent des supports variés permettant de faire passer un même message de manière très diversifiée. Les élèves bénéficient alors à la fois de la répétition et du changement de support : certains ont une mémoire auditive, d’autres visuelle. Le numérique permet d’impacter tous ces types de mémorisation.

Mobilisés correctement, les supports didactiques que sont les outils et ressources numériques, sont d’excellent leviers pour stimuler l’intérêt des élèves. Ils permettent de créer des situations interactives, voire ludiques, qui permettent de donner du sens aux apprentissages.

Créer de nouvelles dynamiques au sein des classes

Les équipements modernes étoffent les méthodes de transmission et présentent (notamment) trois grands bénéfices :

  • Favoriser les dynamiques collectives

Grâce à des équipements de projection ou à des tableaux blancs interactifs, il est plus aisé pour les professeurs de fédérer l’ensemble d’une classe autour d’un enseignement collectif et participatif. Les tableaux retiennent l’attention des élèves grâce à des logiciels spécialisés par exemple, à la diffusion de vidéos, de son, grâce à des exercices interactifs et des tests offrant des retours immédiats.

Il ne s’agit pas uniquement d’engager l’ensemble d’une classe, mais aussi de faire collaborer les élèves par groupes de travail, sur des tablettes par exemple ! Les outils numériques sont de vrais tremplins pour les travaux en commun. Ils permettent d’écrire à plusieurs, de partager des idées et des fichiers ou même de prendre des décisions ensemble. Framapad, Padlet, Dropbox ou encore Google Drive sont quelques-uns des outils responsables des métamorphoses de l’apprentissage, que les professeurs intègrent à leurs instruments éducatifs !

  • Permettre la différenciation

En parallèle du travail collectif, l’autonomisation des élèves est à l’honneur. Ceux-ci apprennent à travailler en groupe sans leur professeur, ou bien seuls. En s’impliquant dans des projets, ils apprennent à trouver les ressources dont ils ont besoin – compétence on ne peut plus utile dans la vie. De plus, le professeur dispose de diagnostics plus précis des besoins de chacun et peut leur proposer des leçons et des exercices adaptés.

D’autres types d’équipements, comme les tablettes individuelles par exemple, permettent au contraire de créer cette hyperspécialisation : au sein d’un même cours, les étudiants peuvent travailler sur des projets totalement différents les uns des autres ! Cela permet de proposer des enseignements presque sur-mesure pour les élèves : des textes adaptés au niveau de lecture de chacun, des corpus de référence en fonction de leurs affinités pour approfondir leurs travaux, la mobilisation de supports audio et vidéo pour présenter des leçons, faire des exercices ou exposer des projets… La liste est longue !

  • Mettre la créativité au centre

C’est terminé, les exposés pendant lesquels les élèves lisent une feuille, debout devant la classe. Les projets incluent désormais des logiciels – en ligne ou hors ligne – pour donner vie à presque n’importe quel type de projet. Les étudiants utilisent divers outils pour travailler des images, créer des vidéos, ajouter de la musique ; il est désormais aisé de créer des blogs ou même des pages de magazine, et ainsi développer des projets de niveau professionnel. 

Le numérique est l’allié d’une classe créative, en accord avec les méthodes pédagogiques Montessori ou Freinet. Les étudiants de tous niveaux développent un bouquet de compétences complémentaires, ajoutant aux disciplines classiques qu’ils doivent intégrer, d’autres sensibilités non moins essentielles.

Bien utilisés, les dispositifs numériques permettent donc de tirer le meilleur parti de toutes les ressources éducatives existantes et des ressources personnelles des élèves. Ces méthodes modernes favorisent au sein de la classe le développement de l’autonomie, de la créativité, de la coopération et des interactions chez les jeunes étudiants.

L’évolution des méthodes d’enseignement n’en est encore qu’à ses premiers pas, et déjà les résultats sont au rendez-vous. Place à la créativité des enseignants pour mettre la main sur les outils les plus efficaces et penser avec eux le monde de l’enseignement de demain.